Passer d'amants à inconnus

Publié le 7 Avril 2014

L'autre jour je suis allée voir Les Gazelles au cinéma. J'ai passé un bon moment, même si je ne me suis reconnue ni à travers les célibataires fêtardes qui pêcho tous les soirs, ni dans les filles casées qui ne tolèrent aucun écart à leur quotidien under control. Mais là n'est pas mon sujet. Ce qui m'a interpellé, et qui n'est qu'un détail dans le film, c'est la relation entre la protagoniste et son mec, qui devient son ex. Le virage qui s'amorce dès que les mots "J'ai besoin d'air" sont prononcés.

 

C'est quelque chose que j'ai moi aussi expérimenté, et qui m'a pas mal déstabilisé je dois dire. Comme si se séparer supposait aussi lâcher tout un pan de sa personnalité. L'autre, celui avec qui on a passé un certain nombre de mois voire d'années, qu'on avait l'impression de connaitre sur le bout des doigts, devient en une fraction de seconde un parfait inconnu. Lui qui était si tendre et amoureux devient froid et cassant. Elle qui se targuait d'être une heureuse casanière un brin pingre se met à écumer les boites et à bruler la chandelle par les deux bouts. Lui qui abhorrait la danse de salon prend assidument des cours de salsa. Un peu flippant, non ?

 

 

 

 

Passer d'amants à inconnus

Pour avoir déjà été, dans une autre vie, tour à tour plaquée et plaqueuse, je peux comprendre. Quand je décidais de rompre, il me fallait du temps pour oser le faire. Blesser l'autre n'est jamais une partie de plaisir. Mais du coup, j'accumulais pas mal de rancoeur et une fois décidée, rien ne pouvait m'empêcher d'avancer. J'étais sourde à sa tristesse, ses questions, ses tentatives de me récupérer, son incompréhension. Je partais sans demander mon reste, je devais être la pire des garces à ses yeux.

Les fois où j'ai été larguée, particulièrement la dernière, alors qu'on avait vécu ensemble, j'ai cru que tout s'écroulait. Je ne comprenais juste pas pourquoi je ne pouvais plus lui tenir la main, pourquoi mon lit était soudain si froid. Et surtout, qui était cet imposteur qui avait pris la place de mon amoureux, comme ça, sans prévenir. Qui était ce mec qui me mentait, me trompait, se cachait derrière des excuses bidons pour éviter de me croiser ? Il n'empêche que cette rupture, aussi pénible fut-elle, ma redonné de l'élan. Je me suis envolée pour quelques jours à Brighton, retrouver ma rummy. J'ai programmé des vacances d'été avec une autre amie, puis une semaine de catamaran avec l'UCPA, moi qui n'étais jamais partie seule. Bref, j'ai pris ma vie en main plutôt que de me laisser porter et guider là où lui ne voulait plus m'emmener.

 

En y regardant de plus près, il me semble qu'on est nombreux à rentrer dans une sorte de moule quand on est en couple. Genre on gomme un peu ce qui déplait à l'autre, parfois on fait un trait sur les activités qui nous plaisaient ou on s'intéresse de très près aux passions de notre moitié. Quitte à nous perdre. Alors au moment de la libération (volontaire ou subie), il est bien normal de profiter d'abord de tout ce qui nous avait manqué, consciemment ou non. Et de tester des trucs improbables, de se chercher de nouvelles passions, pour soi, plus pour l'autre. C'est LE moment de reprendre sa vie en main. De se décider à être un peu plus exhubérant peut-être, ou un peu moins entreprenant, c'est selon. Filer chez le coiffeur et refaire sa garde robe, ça fait partie des trucs qu'on fait à ce moment-là, non ? Comme retrouver les numéros de tous nos potes célibataires histoire de comprendre les nouvelles règles de la jungle du single. Là on est au coeur du sujet du film Les Gazelles. Si tu veux des réponses, file le voir !

 

Lorsque j'imagine une hypothétique séparation d'avec Eurêka (ne me dis pas que je suis la seule à avoir ce genre de pensées maso), je suis morte de trouille à l'idée de perdre cet équilibre qui est le notre et de le voir se transformer en un monstre minable. Pour autant, je sais aussi qu'avec lui je suis moi-même, vraiment, complètement. Je suis odieuse à mes heures, charmeuse quand ça me chante, directe ou pensive, bavarde ou silencieuse. Je mène l'enquête sur des sujets totalement improbables pour lui, mais ça ne l'empêche pas de m'encourager et de reconnaitre mes découvertes. Jamais je ne me suis sentie jugée par lui, ou alors il aura suffi d'une discussion pour comprendre que je me plantais. C'est un grand confort que de se sentir acceptée quoi qu'il arrive. Et ça aide aussi à accueillir ses lubies à lui, pour lesquelles il ne me demande d'ailleurs jamais aucun engagement. Finalement on évolue chacun de notre côté, mais ensemble, dans notre couple, et sans devenir des inconnus cohabitant sous le même toit. C'est peut-être la clé de notre réussite en fait. On en reparle dans quelques années ?

 

Rédigé par Aloès

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LadyMilonguera 22/04/2014 22:54

'est fou ce que je me retrouve dans ton article ! Ca fait plaisir de voir qu'on réagit toutes un peu pareil...

Aloès 23/04/2014 09:40

Il me semblait bien que je ne devais pas être la seule à faire ce constat ;) Contente que ça te parle !

Marion 07/04/2014 18:21

Super article!!!! Tu as réussi à mettre des mots et à décrire ce qui se passe chez beaucoup dans la phase "après rupture"! C'est incroyable, cette transformation qui peut s'opérer chez une personne. Billet au top :-)

Aloès 07/04/2014 19:02

Oui, c'est flippant hein ! Et encore, je ne parle pas de ce qu'on ressent quand on la croise par hasard quelques années plus tard et qu'on découvre ce qu'elle est devenue vraiment ! Merci de ton enthousiasme ;)

liferunaway 07/04/2014 14:58

j'aime beaucoup ton article, c'est exactement ça!

Aloès 07/04/2014 17:58

Merci ;) Je ne sais pas si chacun se retrouve dans mon texte, mais ça doit quand même parler à un certain nombre !

Babidji 07/04/2014 13:40

je te rassure moi aussi je suis maso ... je pense à "si il me trompait" (forcément on est très souvent séparé avec le boulot) u "si je le trompais" (forcément on est très souvent séparé par le boulot) ou pire (surtout quand il part loin) "si il mourait" ! voilà voilà ;)
Et pour avoir aussi été plaquée et plaqueuse avoir testé le "je me morfonds dans mon chagrin pendant un an" et le "je prends ma vie en main et je pars faire la fête voire un peu nawak" et bien la deuxième solution franchement (si elle est quand même canalisée sinon on se perd complètement) est qd même la meilleure et aide à surmonter son chagrin bien mieux ! (je n'ai pas entendu parler de ce film :( vais voir la BA)

Aloès 07/04/2014 17:57

C'est sûr que c'est plus plaisant comme solution la fête, mais on ne décide pas vraiment, ce sont les émotions qui parlent surtout ;)