Quand le voile se lève

Publié le 16 Mai 2014

Quand le voile se lève

Après une période plutôt faste, elle retrouvait finalement ce vieux sentiment fourbe qui l’assaillait à chaque instant, cette fameuse impatience, couplée d’agressivité. Le duo maléfique.

 

Histoire de ne pas subir trop longtemps cette fois-ci, elle essayait d’en comprendre l’origine. Ça devait être la faute à cette récente déception. Même si elle ne la concernait pas de si près, elle lui avait quand même bien entortillée les neurones. Voilà, c’était ça, forcément. Ce sentiment d’injustice qui générait colère, incompréhension, irritabilité. C’était tout de suite plus facile de laisser gronder la tempête avec un parfait bouc-émissaire. Une bonne excuse pour vociférer, indépendamment de sa volonté. Le tout aurait même pu être positif, si elle avait pu réagir, rebondir, redéfinir des objectifs. Sauf que non, ça n’était pas son rôle. Ce projet déchu n’était pas le sien, pas son combat. C’était ballot. Surtout que la personne concernée n’avait pas spécialement besoin d’aide pour avancer dans son cheminement.

 

Comme elle ne voulait pas à nouveau s’enfermer dans ses vieux démons, elle se concentra sur la parenthèse enchantée qui s’annonçait. Elle programma, organisa, rêva de ses moments à partager. Et à l’instant T, elle savoura un week-end sans contrainte, sans dispute, sans négociation. Le rêve. Juste elle et lui, et la nature pour compagnie. Juste deux mains qui retrouvent le chemin l’une de l’autre, le temps d’une escapade amoureuse. Juste le bruit du vent, les odeurs de la garrigue, la promesse d’un festin. Juste du calme, de l’apaisement.

A peine rentrés, elle sentait déjà la parenthèse se refermer. Pas le temps de dire ouf. Pas moyen de surfer sur la vague, de somnoler encore un peu sur son nuage, d’appuyer sur le réveil pour grapiller quelques minutes supplémentaires de rêvasseries. L’agacement pointait à nouveau, et avec lui le volume sonore montait. Encore. Etait-ce un éternel recommencement ? Ne pouvait-elle plus y échapper ? Elle s’en voulait de ne pas lâcher prise. Elle s’observait et enrageait de se voir faillir. Elle les observait et culpabilisait de générer autant de tensions en eux. Cette foutue culpabilité qu’on croyait tombée au fond du puits, voilà qu’elle avait réussi à grimper le long de la corde. La fourbe.

 

Bon, il fallait être pragmatique. Puisque la fatigue ne pouvait pas être incriminée cette fois, elle essaya de creuser davantage. Plus question de se voiler la face. Pas moyen de se trouver d’autres excuses. Elle avait forcément la réponse en elle, là, quelque part. Mais où mordel ?! Si seulement la signalétique était clignotante.

 

Elle mit à profit ses déplacements en solitaire pour s’interroger. Finie la radio qui emplissait tout l’habitacle et l’esprit. Il était temps de l’affronter, de le sublimer, ce vide qu’elle évitait depuis si longtemps. Elle savait bien que le moment était venu de s’avouer les choses. Et rapidement, elle comprit que toutes ses réponses étaient là. Arrêter de regarder le doigt qui pointe pour se focaliser sur la direction qu’il montre. En d’autres termes, affronter la réalité, regarder en face les moments pénibles où l’émotion la submergeait. Et accepter.

Quand le voile se lève

 

Voilà, finalement elle l’avait, sa réponse. Même qu’elle la connaissait depuis toujours. Mais elle n’arrivait pas, jusque-là, à la reconnaître comme LA cause de ses emportements inappropriés, de ses débordements émotionnels.

 

C’était pourtant simple : tous les maux qu’elle n’avait jamais osé exprimer, tous ces comportements qu’elle avait toujours refoulés, voilà qu’ils finissaient par sortir d’eux-même. En vrac et sous forme de tempêtes. Incontrôlables et inadéquats. Tous ces mouchoirs posés sur ces blessures, ils finissaient par former une boule bien dense qui lui revenait en pleine face.

 

Il lui en avait fallu du temps pour comprendre. C’était pourtant si évident. Toute cette agressivité, toutes ces rancunes, jusqu’ici niées et désormais peu à peu assumées. Elle les avait tellement minimisées, elle en avait si peu parlé. Par pudeur, par peur des réactions, par obéissance, elle les avait étouffées. Elle les pensait insignifiantes. Pas si déterminantes sur ce qu’elle était devenue. Pourtant elles revenaient systématiquement, sous une autre forme, plus insidieuse, plus perfide, qui ne pouvait pas la laisser indifférente. Une forme qui la forçait à réagir.

 

 

Aujourd’hui elle prend enfin le temps de les écouter, et ressent le besoin de les exprimer, toutes ces blessures. Le besoin criant de les laisser sortir, de les assumer, tous ces sentiments négatifs, si longtemps tus.

 

Désormais elle sait.

 

 

Rédigé par Aloès

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Wondermômes 19/05/2014 12:34

Un très chouette billet...contente de lire que tu as réussi à trouver la clé de cette valise qui t'encombre trop...

Aloès 19/05/2014 13:59

Merci ! Je suis contente aussi, ne reste plus qu'à ouvrir la valise en grand (pour l'instant elle est seulement entr'ouverte) ;)

Cynthia 16/05/2014 18:52

J'aime bien le terme de "valise", de "bagage". on a tous des trucs non digérés, mal avalés, qui ne passent pas malgré le temps. Effectivement, les occulter pour mieux passer à autre chose sans traiter le vrai "sujet" ne fait que remettre à plus tard la prise de recul. Bon, tout ça est mal exprimé je crois... mais parfois ça sort comme ça peut ;) (je parle de mon commentaire hein !)
Marrant que tu aies mis un morceau de Syd Matters. Je suis une fan de loooongue date et j'ai du les voir 8000 fois en concert. J'adore !!

Aloès 17/05/2014 10:41

C'est très bien exprimé au contraire Cynthia ;) J' ai déjà réussi à poser certaines valises mais celle-ci s'accroche et j'ai peut-être trouvé la clé pour l'ouvrir et la vider.
Je ne connaissais pas du tout Syd Matters, c'est en cherchant une musique pour ce billet que j'ai trouvé et j'aime bien !

malise 16/05/2014 16:35

Je te trouve bien dure avec toi-même. Tu es simplement humaine. Les enfants sont là pour nous tester, pour forcer nos limites, et finalement c'est normal qu'on se sente poussées dans nos retranchements quand ils le font. Quelles que soient nos valises. Quel que soit le chemin que l'on suive pour s'en débarrasser. Le savoir est déjà un énorme pas. Regarde un peu tout ce que tu as fait ces derniers temps, à quel point tu as réussi à te maitriser dans des situations dans lesquelles tu perdais pied auparavant. Sois fière de toi ma belle. Je ne crois pas que tes enfants te demandent d'être parfaite, et ils sont certainement très conscients de tous tes efforts. N'oublie pas!

Aloès 16/05/2014 17:04

C'est marrant que tu parles de mes enfants alors que pour une fois je ne fais pas référence à eux ;) Cette fois c'est à moi que je pense, en tout premier lieu. Et rassure-toi, je ne suis pas abattue, plutôt pleine de courage et fière d'avoir compris un truc fondamental qui devrait vraiment m'aider à avancer.
Mais tu as raison, que de chemin parcouru ! Merci de ton soutien sans faille ;)