Les mots des autres

Publié le 7 Juillet 2014

Ces derniers temps, les journées sont bien remplies. Entre les obligations habituelles de fin d’année scolaire, la préparation des vacances et les repas entre amis pour profiter du beau temps, je n’ai pas trouvé le temps de me poser suffisamment longtemps pour écrire. Ou plutôt, soyons honnête, j’ai choisi de mettre à profit mes courtes périodes de temps libre pour être davantage avec mes plus-si-minis, et aussi pour renouer avec une de mes passions, la lecture.

 

Depuis petite, j’adore lire. J’ai le souvenir de journées de vacances entières passée à dévorer des livres. Certains sont associés à des musiques, à des états d’âme particuliers. Un peu comme une madeleine de Proust, tomber sur une couverture me renvoie en une seconde à ma jeunesse.

 

Ca a toujours été une façon de m’évader de ma petite vie, de vivre par procuration des aventures, des émotions. Un peu comme le cinéma, mais en plus intense. Je pense d’ailleurs que je n’aurais sans doute pas accroché à de nombreux films si je n’avais pas lu les bouquins avant. Je pense à Harry Potter par exemple, qui prend une toute autre dimension dès lors qu’on connait les bouquins presque par cœur.

 

A l’inverse, certains films tirés de livres m’ont donné envie de lire les autres œuvres de l’auteur. Je pense notamment à Olivier Adam dont j’ai lu plusieurs livres d’affilé après avoir vu Je vais bien ne t’en fais pas. Et puis, à l’inverse, certaines bandes annonces alléchantes m’ont donné envie de lire le livre avant de visionner le film. Ce que j’ai fait par exemple avec Divergente que j’attends de voir avec impatience, du coup.

 

Depuis que je suis mère, j’ai évidemment beaucoup moins de temps pour lire. Enfin, surtout depuis que je n’ai plus le loisir du train pour aller bosser. Et, il faut le reconnaitre, il m’est devenu plus naturel d’utiliser les quelques instants éparses de liberté pour aller lire des blogs ou rédiger un billet. En général je dévore quelques livres durant les vacances d’été, ou au moment de la sortie d’une œuvre attendue. Et puis plus rien. Mais cette année, ce doit être le soleil qui, me chatouillant les doigts de pieds, m’a suggéré de profiter davantage des transats dans le jardin. Or, comme chacun sait, écran et luminosité ne faisant pas bon ménage, et ne sachant pas « ne rien faire », je suis allée dénicher quelques perles dans ma pile d’ouvrages oubliés. Ainsi ce bain de soleil fut le premier d’une longue série !

 

Ce qui est drôle, c’est qu’Eurêka s’est mis à lire juste dans la période où je lisais peu. Lui qui n’avait jamais trouvé de plaisir à cela auparavant, celui-là même qui trichait au collège en cherchant des adaptations en films plutôt que de lire le moindre paragraphe, il a finalement eu le déclic, un après-midi d’été, à l’heure de la sieste. Voilà maintenant près de 2 ans qu’il a toujours un bouquin en cours, qu’il ouvre presque quotidiennement. Il a des auteurs préférés qu’il m’a fait découvrir, et si j’ai du mal à trouver des livres dans ma bibliothèque qui pourraient lui plaire, je prends plaisir à en acheter de nouveaux qui pourraient nous correspondre à tous les deux. C’est donc après près de 10 ans de vie commune que nous nous initions aux joies des discussions d’après lecture ! Et c’est vraiment chouette de comparer nos points de vue, de se dire « Tiens, lis celui-là, ça devrait te plaire. »

Les mots des autres

J’avais acheté « Les dieux voyagent toujours incognito » depuis de nombreux mois quand je me suis enfin décidée à l’ouvrir pour plus que quelques pages. Ce livre m’a été conseillé je crois, et sachant qu’il y avait un message dedans, j’avais du mal à me lancer. Comme si je redoutais qu’il me confronte au quotidien, à la réflexion, plutôt qu’à l’évasion que je recherchais. Pourtant, quand je me suis lancée, j’ai très vite compris qu’il faisait partie de ceux qui vous font repousser l’heure de l’extinction des feux. Mais pas vraiment pour des raisons de suspens, enfin pas que. Ce livre m’a effectivement fait réfléchir, et plus que ça, il m’a donné des pistes. Un éclairage différent de la vie, des peurs et des obstacles qu’on se met finalement tout seul, et des moyens pour contourner tout ça. Il m’a fait grandir et a élargi ma réflexion autour de la parentalité à quelque chose de beaucoup plus vaste. Il m’a ouvert le champ des possibles et m’a donné beaucoup d’espoir.

 

Voilà un extrait qui me parle beaucoup, moi qui suis en pleine mutation et qui connais parfois le retour de bâton du « Chassez le naturel, il revient au galop » :

« Il me regarda en silence pendant quelques instants, puis prit un verre d’eau, un verre à pied en cristal d’une finesse presque irréelle. Il le porta au-dessus de la pyramide de safran et commença à l’incliner lentement. Je ne quittai pas des yeux le cristal ciselé dans lequel l’eau apparaissait lumineuse.

- Nous naissons tous avec le même potentiel en matière de confiance en soi, dit-il. Puis nous recevons les commentaires de nos parents, nos nounous, nos instituteurs …

Une goutte d’eau se détacha et tomba sur le sommet de la pyramide, formant comme une loupe grossissant à l’excès chaque particule orange de la précieuse épice. La goutte sembla hésiter puis se fraya lentement un chemin, dévalant la pente en accélérant jusqu’à la base.

- Si par malchance, reprit-il, ils tendent tous dans un sens négatif, formulant des critiques, des reproches, attirant notre attention sur nos manquements, nos erreurs et nos échecs, alors le sentiment d’insuffisance et l’autocritique s’inscrivent dans nos habitudes de pensées.

Dubreuil inclina de nouveau le verre, lentement, et une deuxième goutte tomba au même endroit. Elle hésita à son tour puis emprunta le même chemin que la précédente. Au bout de quelques secondes, un sillon s’était dessiné et les gouttes s’y précipitaient, le creusant un peu plus à chaque passage.

- A la longue, la plus petite des maladresses nous met mal à l’aise, le plus secondaire des échecs nous amène à douter de nous, et la plus insignifiante des critiques nous déstabilise et nous fait perdre nos moyens. Le cerveau s’habitue à réagir négativement, les liens neuronaux se renforçant à chaque expérience.

J’étais clairement dans ce cas de figure. Tout ce qu’il disait me parlait, avait un écho particulier en moi. J’étais donc un sacrifié de la vie, abandonné par mes pères, écrasé par ma mère pour qui je n’avais pas été assez bon. Et maintenant, bien qu’étant adulte, j’allais continuer de payer pour cette enfance que je n’avais pas choisie. Mes parents n’étaient plus là mais je subissais toujours les effets néfastes de leur éducation. Je commençais à me sentir profondément déprimé lorsque je réalisais soudain que cette déprime elle-même devait certainement contribuer à accentuer ma perte de confiance en moi …

- Il y a moyen de sortir de ce cercle infernal ? demandais-je.

- Ce n’est pas définitif, en effet. Mais c’est dur d’en sortir. Cela demande des efforts …

Il pencha la tête de côté et, déposant une nouvelle goutte d’eau sur le sommet de la pyramide, il souffla dessus suffisamment pour l’obliger à prendre une autre direction. Elle se fraya lentement un nouveau chemin jusqu’à la base.

- Et surtout, reprit-il, ces efforts doivent être impérativement soutenus dans le temps. Car notre esprit est très attaché à nos habitudes de pensée, même lorsqu’elles font souffrir.

Il renversa une nouvelle goutte sur la pointe du monticule et elle se précipita dans l’ancien sillon.

- Ce qu’il faut dit-il, c’est …

Il maintint un souffle continu, comme il l’avait fait précédemment, et les gouttes suivantes furent contraintes d’emprunter le nouveau chemin, creusant progressivement un nouveau sillon. Au bout d’un moment il cessa de souffler, et les gouttes continuèrent de suivre cette nouvelle voie.

- … c’est créer de nouvelles habitudes de l’esprit. Reproduire suffisamment souvent des pensées valorisantes associées à des émotions positives, jusqu’à ce que de nouveaux liens neuronaux se créent, se renforcent, puis deviennent prépondérants. Cela prend du temps.

Je ne quittais pas des yeux la belle pyramide orange, maintenant creusée de deux sillons bien marqués.

- on ne supprime pas les mauvaises habitudes de l’esprit, dit-il. Mais il est possible d’en ajouter de nouvelles et de faire en sorte qu’elles deviennent irrésistibles. On ne peut pas changer les gens, tu sais. On peut juste leur montrer un chemin, puis leur donner envie de l’emprunter. … »

Les Dieux voyagent toujours incognito, Laurent Gounelle

Rédigé par Aloès

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Sixinthecity 30/07/2014 04:55

je l'ai sur ma table de chevet, je penserais à toi en l'entamant ! ;)

Aloès 31/07/2014 08:49

Bonne lecture !

Wondermômes 07/07/2014 14:52

Tu me donnes encore plus envie de le lire...faut que je l'achète avant mes vacances ;-)

Aloès 07/07/2014 16:13

Ça devrait beaucoup te parler, je pense ;)