Quand l’évidence ne l'est plus

Publié le 29 Octobre 2014

J’ai toujours su que je voulais des enfants. Je ne savais ni quand, ni combien, ni comment (enfin si, quand même un peu…), mais la certitude était là : un jour je deviendrai maman.

Quelques années plus tard, j’ai la chance de passer du rêve à la réalité, et même si la réalité a quelque peu supplanté ma naïveté en matière de parentalité, il nous est évident que cette enfant ne sera pas l'unique. On n’imagine pas à quel point les évidences sont confortables, surtout lorsque rien ne se met en travers de leur route.

Un mariage et une deuxième grossesse plus tard, les premiers mois de Bull2Boy coïncident avec les premières vraies oppositions entre MissTer et moi. Mais si, tu sais, la fabuleuse phase durant laquelle ton angelot se transforme peu à peu en diablotin maléfique, te laissant totalement désemparé ? Si on y ajoute le rythme chaotique d’un nouveau-né, chez moi ça donne un mélange plutôt explosif. Disons que je mute, tout comme ma fille, avec mes cornes et mon trident pour accompagner harmonieusement mes hurlements sataniques.

C’est là que je comprends vraiment que je ne suis pas, mais alors pas du tout armée contre la fatigue. Certains ne supportent pas la faim, ça les rend irritables au plus haut point (coucou Eurêka). Moi c’est l’épuisement. Définitivement. Ce qui me met face à une nouvelle évidence : il n’y aura pas d’autre enfant. Niet. Pas question de recommencer cette terrible phase. D’autant plus qu’elle est à l’origine de remises en question perpétuelles et d’une grande culpabilité parentale dont je mets un certain temps à me débarrasser. Nous sommes heureux avec deux enfants, fin de l’histoire.

Sauf que la vie fait qu’on évolue, qu'on change au fil du temps. Depuis quelques années, je me prends par la main et me donne les moyens de me sentir mieux dans mes baskets de mère. C’est un sacré changement pour moi, et je ne vois désormais plus les choses sous le même angle. Je suis moins catégorique sur la façon dont je vivrais l’arrivée potentielle d’un bébé. Si bien que la question d’un ultime enfant se pose.

Et c’est très bizarre comme sensation. Parce qu’il n’est plus question d’évidence, là. Nous avons une décision à prendre. Et tout à coup, les choses sont beaucoup moins confortables. Parce que, même si c’était pour de mauvaises raisons, ce non catégorique d’il y a cinq ans, il se suffisait à lui-même. Pas besoin de réfléchir, d’autant plus quand le couple est unanime. Alors qu’à présent, tout reste à définir. Je le vis à la fois comme une grande chance et une grande liberté : tout est possible ! Et en même temps comme une sacrée responsabilité : à nous de choisir la meilleure voie pour notre famille.

Lorsque je demande à l’improviste à Eurêka ce qu’il penserait d’un « petit troisième », son étonnement est manifeste. Voilà bien une question qui n’était pas à l’ordre du jour de ses préoccupations. Je lui fais donc part de mes nouveaux sentiments à ce sujet. De mes doutes qui cohabitent avec cette envie qui vient des tripes. Il me parle de cette liberté tout fraichement retrouvée avec les enfants qui grandissent. De ses projets qui restent à construire et peu compatibles avec l’arrivée d’un tout petit. Nous nous laissons du temps pour y réfléchir, rien ne presse.

Quand l’évidence ne l'est plus

Durant toute une année, mon cœur et ma raison se mesurent au bras de fer. Je rêve d’un tout petit corps à cajoler, de nouveaux modes de portage à essayer, et l’instant d’après l’image d’une journée avec trois enfants qui hurlent de concert me terrifie. Je fantasme sur de nouveaux rôles pour MissTer et Bull2Boy, de ce que l’arrivée d’un nouveau mini leur apporterait, et je me réveille en sueur, devinant que le manque de sommeil me rendrait aussi patiente avec eux qu’une lionne affamée face à une gazelle blessée.

Nous n’abordons pas souvent le sujet avec Eurêka, je ne veux pas le brusquer et moi-même je ne suis sûre de rien. Pourtant, de temps à autre, une petite remarque de part ou d’autre suggère que tout est encore possible.

Et puis le temps passe, et mon horloge biologique se rappelle à moi. On arrive à l’échéance que je m’étais donnée pour décider. D’ailleurs j’ai besoin de savoir, besoin de me projeter dans une réalité. C’est là que je me rends vraiment compte que malgré tous mes doutes, l’idée d’un dernier est bien ancrée, au plus profond de moi. Sauf que ce sentiment n’est pas partagé. Les tripes d’Eurêka ne se sont pas manifestées, n’ont pas fait des doubles flips. Même cet été, quand il avait notre neveu tout neuf dans les bras. Il ne s’y voit pas. Pas maintenant en tous cas. Il ne ferme pas la porte, dit que plus tard, peut-être. Sauf que là, c'est moi qui dit stop. Je me sens incapable de repousser une éventuelle grossesse à on-ne-sait quand, déjà que je risquerais d’en baver si elle était imminente. Je ne me vois pas non plus continuer d’espérer au risque d’être encore plus déçue plus tard.

 

Alors je tourne la page. Les premiers sentiments sont un peu amers. Forcément. Même si je n’étais moi-même pas sûre à 100%, je crois que j’étais prête à prendre le risque. Celui de perdre nos repères pendant un temps, celui de naviguer à vue, de couler parfois, pour mieux remonter ensuite.

 

Et puis, finalement, mon optimisme aidant, je trouve des avantages à la situation. Je me sens plus disponible que jamais pour mes deux plus-si-minis. Et si l’énergie que je ne vais pas déployer pour ce bébé, je leur offrais, à eux ? Et si je transformais cette déception de ne pas vivre la grossesse et la petite enfance une dernière fois, en une chance de pouvoir profiter de leur enfance vraiment à fond ?

Et si de nouvelles opportunités, impensables avec un nouveau-né, s’ouvraient à moi désormais ?

Rédigé par Aloès

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