Souvenirs d’une intense journée

Publié le 8 Décembre 2014

Assise dans ce wagon, la musique sur les oreilles, ma journée défile dans ma tête.

Un bull2boy malade qui reste à la maison avec son papa. Je n’aurais pas soupçonné ce petit pincement au cœur. D’habitude c’est moi. Mais vite vite, pas le temps de s’apitoyer, il faut filer. Déposer MissTer, rouler jusqu’au boulot. Ces kilomètres quotidiens commencent à me peser. Surtout que la circulation est dense, et je ne peux pas me permettre d’arriver tard aujourd’hui.

 

Juste le temps de prendre connaissance de la présentation rédigée hier par ma collègue – à la dernière minute comme d’habitude. Juste le temps de comprendre comment fonctionne le système de visioconférence, parce que je dois être la seule à savoir lire un mode d’emploi. Juste le temps de ressortir mes notes. Et la réunion démarre. Je ne suis pas en première ligne, juste en soutien. Mais je suis tout en concentration.Répondre le plus clairement possible aux questions et remarques parfois improbables. Personne d’autre que moi ne connait mieux ce projet. Plus d’un an que je bosse dessus au quotidien ou presque.

 

Fin de réunion, en route pour le repas amélioré organisé pour l’occasion. Je ne me sens pas à ma place. La vague impression d’être en décalage avec tous ces gens. Ils ont visiblement des postes à responsabilités. Les repas de boulot, je n’aime pas ça. L’impression que mon job ne revient qu’à travailler pour les autres. Toujours en arrière-plan. L’ombre qui a aussi ses avantages est lourde à porter aujourd’hui. Elle atteint ma confiance. Je me fais toute petite.

 

L’après-midi démarre et j’enchaine sur un autre projet. Des décisions à prendre, je retrouve ma place et ma valeur. Mais la fatigue me tombe dessus. Le contrecoup de la pression. Je décide de partir tôt.

 

Assise dans un fauteuil rouge à accoudoirs. Ca faisait longtemps. Mais je dois me faire vieille, je manque de confort. Les images sur l’écran font remonter les émois des premiers rendez-vous. En vivrais-je d’autres un jour ? Je me surprends à espérer que oui. Tout en souhaitant que non. A moins de se les recréer, avec les mêmes protagonistes, des années après ? Qui sait.

 

Direction le centre-ville pour une soirée entre copines. J’en rêvais, mais je sens le poids de la semaine sur mes épaules. Qu’importe, je vais en profiter. Un verre de vin dans la vieille ville, et le temps nous échappe. A peine le temps de tremper nos lèvres que nos bouches sont sèches d’avoir tant parlé. Résumer ces derniers mois. Se laisser aller aux confidences. Trouver un petit resto pour continuer nos bavardages. S’étonner de sentir les larmes monter quand on évoque certains petits bonheurs.

 

Dans le presque dernier métro, la musique me berce. Je mesure la rareté de la soirée passée. Il me reste cependant un doute. Celui que mes mots aient pu malgré moi blesser. Que mes réactions aient pu être légèrement décalées. Car ce soir j’étais sans filtre. Comme à chaque fois que mes forces me quittent. Au naturel, sans artifice.

 

Sur la route qu’il me reste à parcourir avant de rejoindre mon lit, des visages trottent dans ma tête. Tous ceux avec qui j’aimerais bien partager une soirée aussi complice. Tous ceux avec qui je l’ai fait, il y a trop longtemps maintenant. Ils sont nombreux à être trop loin, à me manquer. Ce soir je pense à eux, et j’espère pouvoir bientôt me rattraper.

Souvenirs d’une intense journée

Rédigé par Aloès

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