Quand la peur s’évapore

Publié le 11 Mars 2015

Depuis toujours, le conflit est un truc qui me terrorise. A la moindre alerte, je perds toutes mes facultés. Je rougis, je transpire, je frissonne et je tremble à la fois. Je deviens une feuille qui vole au gré du vent, incapable de lutter pour aller à contre courant ou même rester au sol.

J’ai peur de ce qui va sortir de ma bouche et que je ne contrôle pas plus que mon corps. Je sais que je n’arriverai pas à exprimer clairement mes opinions, mes attentes, mes rancœurs. Je sais que je finirai en pleurs, que mon interlocuteur soit mon amant ou mon patron. Que je perdrai en crédibilité et en valeur à ses yeux.

J’ai peur de ce qui va sortir de sa bouche. Quel jugement, attaque personnelle, point faible vais-je entendre que je ne suis pas prête à accueillir.

Mais surtout, j’ai peur de l’irréparable qui s’annonce, inéluctable. Ce cataclysme qui détruit tout, cette tornade dévastatrice. Qui me laissera exsangue, vidée, terrassée. Qui confirmera que je n’ai que peu de force, que je suis à la merci de tous, que je ne suis rien.

Quand la peur s’évapore

Avec le temps, j’ai appris à éviter ces situations tragiques. J’ai serré les dents, passé mon chemin, fait la sourde oreille. J’ai fui plus que de raison. J’ai assurément donné l’impression à certains que j’étais, au pire, une conne qui ne mérite pas qu’on s’intéresse à elle, au mieux une lâche qui n’ose pas affronter la situation. Même après, au lieu de reparler des problèmes rencontrés, au lieu d’écouter les arguments de l’autre, je faisais tour à tour l’autruche ou l’invisible.

Enfin, ça c’était avant. Avant le premier jour du reste de ma vie. Avant qu’on m’aide à prendre conscience qu’il y avait souvent (toujours ?) du positif dans le conflit. Avant que j’expérimente, à mon corps défendant, l’envers du décor et que j’accepte de laisser sortir les ressentis, les désaccords.

A ce moment-là, j’avais la chance d’avoir déjà appris à dire les choses sans trop accuser. Je savais dire J’ai mal quand plutôt que Tu m’as fait ça. Ces tournures de phrases m’ont sauvée car sans accuser l’autre, la discussion restait ouverte, sans tourner au pugilat. Mieux, elles permettaient la sincérité mutuelle, voire le partage d’un bout d’intimité.Y compris entre collègues, y compris lorsque la tension était à son comble. Les masques tombaient, je me dévoilais, et l’autre aussi. La compréhension mutuelle se jouait à cet instant-là, contrecarrant toutes les interprétations qu’on avait pu se forger au fil du temps. Et même si les larmes finissais quand même par s’imposer, ce n’était qu’une fois que les mots et les maux étaient sortis. Qu’une fois que l’abcès était crevé. Changeant ainsi les larmes de rage en larmes de soulagement.

Les minutes tout autant que les jours qui suivaient étaient différents. Je me sentais épuisée d’avoir évacuée tant de pression, ou plutôt de l’avoir gardée aussi longtemps en moi. Mais j'étais aussi plus détendue. Mon corps se relâchait, mes traits se décrispaient.

Et en même temps, la relation à l’autre était vraiment plus harmonieuse. Plus solide et plus en confiance aussi. Elle prenait un autre tournant. Comment était-il possible que se dire l’un à l’autre Ça ne fonctionne pas puisse avoir des impacts aussi positifs ? Quelle surprise pour moi, quelle révélation !

 

Si je te raconte tout ça aujourd’hui, c’est que je viens de vivre un nouveau conflit, et que, pour la toute toute première fois, il n’a pris aucune dimension dramatique. Je ne l’attendais pas, mais je ne l’ai pas fui pour autant. Lorsque j’ai ressenti l’agacement monter en moi, une petite voix me soufflait Laisse tomber, c’est pas si grave. Je l’ai balayé d’un revers de main et j’ai exprimé mon désaccord, haut et fort. Même si j’étais malade et ne demandais qu’à aller me cacher sous ma couette, je n’ai pas lâché le morceau. J’ai argumenté, expliqué, décortiqué mon ressenti pour qu’il comprenne. J’ai ouvert mes oreilles à ses réponses et à ses émotions. Et la magie a opéré. Rapidement nous avons déchiffré le message codé de l’autre et nous sommes tombés d’accord. La joute n’aura pas duré plus de cinq minutes, mais elle fut intense. Les vannes se sont ouvertes sans crier gare et l’eau qui s’écoulait était bienfaisante.

 

Aucune rancœur ne s’est manifestée. Aucune blessure n’est à déplorée. Les deux camps se sont même rapprochés, ils se sont d’ailleurs rapidement enlacés. Entre amoureux, c’est ce qu’on fait, non ?

 

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Rédigé par Aloès

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